Interview mam Marc Lies am Quotidien vum 4. Mäerz 2014

Marc Lies : «Pas une minute à perdre»

Interview issu du Quotidien du 4 mars 2014

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Le bourgmestre de Hesperange, Marc Lies, est bien résolu à se faire entendre afin que sa commune bénéficie d’un contournement.

Marc Lies a pour habitude de jouer le calme et la pondération. Une fois n’est pas coutume, il sort de ses gonds, parce que sa commune est en voie d’asphyxie.

Entretien le journaliste
Jacques Paturet

Avec ses localités de Fentange, Itzig, Alzingen, Howald, la commune de Hesperange, qui est un passage obligé de la circulation de transit vers et hors de la capitale,…

…réclame un ballon d’oxygène sous la forme d’une voie de contournement. Elle a été esquissée de manière succincte au Parlement en 2012. Depuis, elle est toujours dans les limbes.

La commune est à la fois bénéficiaire et victime d’une grande poussée démographique qui s’explique par sa proximité avec la capitale. Est-ce que cette tendance est susceptible de s’inverser?

Marc Lies : Il y a une demande qui est toujours soutenue. Selon les statistiques de 2013, la commune n’a pas cessé de pousser. Elle compte aujourd’hui 14 500 habitants et tout laisse penser qu’on ne va pas s’arrêter en si bon chemin. À titre de comparaison, quand on a commencé à parler de pacte logement, en 2007, la commune comptait alors 12 300 habitants.

Cette croissance ne serait pas possible sans une volonté délibérée sur le plan local.

Non, bien sûr, le collège des bourgmestre et échevins accompagne cette évolution. Et les projets ne manquent pas. Est actuellement en cours de procédure un nouveau plan d’aménagement particulier à Howald. S’il aboutit, il donnera le jour à 85 nouveaux logements. La commune a par ailleurs acquis des terrains à Alzingen. À terme, ce seront 450 logements qui sortiront de terre. Il est prévu que 40 logements subventionnés soient construits en collaboration avec la Société nationale des habitations à bon marché. À Fentange, le Fonds du logement doit construire cinq maisons unifamiliales. Afin que l’offre soit la plus large possible, des logements sociaux sont en cours de construction, ils sont au nombre de neuf et seront bientôt achevés. Ils sont destinés à des jeunes en détresse qui n’ont plus de foyer. La commune vient d’acquérir une nouvelle maison en vue de la transformer en logements. Ils seront destinés à cette population peu favorisée. Elle est plus nombreuse qu’on veut bien le croire : il y a 65 demandes sur la liste d’attente pour trouver un toit.

La démographie galopante qui est favorisée par la construction de nouveaux logements ne peut que présenter un impact très fort. En outre, l’accueil de nombreux nouveaux habitants génère des bouleversements.

C’est exact. Mais il faut savoir que toutes les structures locales suivent ce mouvement ascendant. Une nouvelle école avec maison relais est en projet à Hesperange, une nouvelle construction est prévue à Alzingen et l’assainissement du bâtiment scolaire actuel est en bonne voie. Un nouveau bâtiment multifonctionnel est appelé à voir le jour à Hesperange, près de la mairie. Il comprendra une salle pouvant recevoir jusqu’à 330 spectateurs. Il hébergera encore un foyer de 400 mètres carrés et une salle pour la restauration. L’un et l’autre bénéficieront d’une vue panoramique sur l’Alzette. Cet espace pourra être loué pour des réceptions, des mariages. Des bureaux administratifs seront intégrés dans ce nouveau complexe.

Il y a du pain sur la planche, mais aussi la satisfaction d’avoir déjà parcouru un bon bout de chemin. Après plusieurs années de chantier, le centre de Hesperange a fait peau neuve et présente un ensemble cohérent qui englobe la maison des jeunes, l’église dont la façade a été repeinte, une place centrale qui borde le parc de l’Alzette, une piste cyclable sécurisée parce que son tracé a été revu. Le pont de l’Alzette a été élargi et offre maintenant deux bandes de circulation. La voie qui monte en direction de Howald commence plus tôt et permet de fluidifier la circulation.

C’est un bel effort, mais il est loin d’être suffisant. La traversée de Hesperange, surtout aux heures de pointe, est plus que jamais un calvaire infligé deux fois par jour aux automobilistes qui font la navette entre la France et la capitale. Sans compter toutes les nuisances pour les habitants qui sont pris dans les files.

Cela fait des années et des années que la nationale 3, qui achemine le trafic venant de France et notamment de Thionville, est complètement saturée pendant les heures de pointe et même pendant une bonne partie de la journée. Le pare-chocs contre pare-chocs est également de rigueur pour les automobilistes qui souhaitent se diriger en direction de Howald. Matin ou soir, tous les grands axes sont complément paralysés. La situation est inextricable et le concept d’un contournement de Hesperange est bien connu. Il a fait l’objet d’une présentation succincte devant le Parlement il y a deux ans.

Le projet initial, tel qu’il a été développé par les services de l’ancien ministre, Claude Wiseler, prévoit l’ouverture de trois tronçons bien déterminés. Le module sud correspond au contournement de la localité de Hesperange. Le module centre prend en compte une modification de la rue des Scillas (celle qui est face au Cactus et parcourt une zone d’activité). Le module nord comprend une portion de route qui va en direction des lignes ferroviaires près du Cactus. C’est un ensemble cohérent dont chaque élément fait partie d’un tout.

Et qu’est-ce qui vous fait voir rouge aujourd’hui?

Il y a eu un changement de gouvernement et l’arrivée de nouveaux ministres. Les plans du contournement de Hesperange, établis quand Claude Wiseler tenait les rênes du ministère du Développement durable, ne sont plus les mêmes aujourd’hui. Le ministre François Bausch met l’accent sur le tronçon nord et le module central. C’est un non-sens. Pour que ce contournement soit efficace, il faut qu’il s’inscrive dans un contexte de mobilité qui est cohérent. On ne peut pas l’amputer d’un tronçon indispensable à une bonne fluidité. On se retrouve avec des lignes en pointillé.

Pourquoi le tracé du contournement de Hesperange serait-il bouleversé au point de le mettre en cause?

Si le ministre François Bausch renverse la vapeur, c’est parce qu’il est obnubilé par l’arrivée du tram. Pour mémoire, les travaux doivent débuter en 2017, et en théorie, le tram roulera en 2020. Attention, rien n’est moins sûr et on est encore bien loin d’avoir déterminé l’enveloppe budgétaire pour ces travaux. Pour l’heure, c’est le flou artistique. En attendant, notre commune est en train de s’asphyxier. Le chaos des années précédentes ne fait que s’aggraver.

Le tracé retenu pour le contournement passe par des zones naturelles et protégées. Leur protection fait l’objet d’une directive européenne à laquelle il faut se plier et j’aimerais bien que les études d’impact commencent dès maintenant, alors qu’elles ne cessent d’être reportées et qu’on ne voit pas le bout du tunnel.

Est-ce que vous ne seriez pas un peu trop alarmiste?

Certainement pas! Il n’y a pas une minute à perdre. La route est saturée aux heures de pointe et même pendant la journée. Et la situation, qui est déjà catastrophique, a toutes les chances d’empirer avec l’aménagement du Ban de Gasperich. Il y a déjà une banque qui s’est installée, un centre commercial va y être construit. Ne me faites pas croire que tous les gens qui vont aller y faire leurs courses s’y rendront en prenant le tram ou les transports publics. Ça ne tient pas debout! Il va falloir compter avec un redoublement de la circulation.

La commune bénéficie-t-elle d’un moyen de pression pour faire pencher la balance en sa faveur?

Au cours de la séance du 10 février dernier, le conseil communal, toutes fractions politiques confondues, a approuvé une résolution demandant au ministère de se hâter pour trouver une solution à ce grave problème de mobilité. Par ailleurs, les services de François Bausch comptent réaménager la rue des Scillas à Howald. Cette artère fait partie de la voirie communale et n’est pas une route d’État. Ça sera peut-être le moment de reprendre notre discussion et de l’approfondir.